Les fermes perlières d'aujourd'hui
ont remplacé les générations polynésiennes passées de plongeur. Les techniques patientes de reproduction et collectage ont remplacé le collectage dévastateur de nacres par les plongeurs.
Mais longtemps avant que l'on ne considère à multiplier la production des huîtres pinctada margaritifera pour la greffe produisant la perle noire, l'Homme intervenait dans le
processus de la nature afin d'augmenter la population de nacres que plusieurs saisons de plongée pour récolte avaient rendue de plus en plus rares.
Vers la fin du 19ème siècle il est apparu clair qu'afin de sauver les espèces il était nécessaire de contrôler la reproduction des nacres. Cependant, ce n'est qu'en 1953 que Gilbert Ranson,
directeur adjoint du musée de Paris et expert en matière d'huître, est venu à Papeete et proposa une réglementation et des directives pour créer des réserves naturelles dans les lagons - en
utilisant des naissains collecteurs - afin de compléter le niveau des stocks épuisés d'huîtres.
En 1976 le département de la pêche s'est impliqué dans le programme de Ranson. Et si l'espèce est sauvée aujourd'hui, après avoir été proche de la disparition, cela ne l'aurait pas été' sans les
efforts et desdécennies de travail dur.
L'agriculture dans les « Etats de la Trêve » n'a jamais été à même d'assurer à elle seule la subsistance des familles qui s'y consacraient. Par conséquent
et dans la plupart des cas, il fallait trouver une source de revenus permettant d'acheter des denrées complémentaires nécessaires à la survie.
Les nomades et les semi nomades d'antant pouvaient avoir recours à la vente de certains de leur fameux chameux de selle pour se procurer de l'argent frais. Mais les
populations établies dans les ports des Etats de la Trêve en vinrent à dépendre largement de l'industrie perlière pour leur gagne-pain.
Citation : « La pêche des perles est l'industrie principale du Golfe Persique... elle constitue
l'activité la plus originale de cette région. Si l'approvisionnement en perles cessait, les ports de l'Oman oriental, qui n'ont pas d'autres ressources, cesseraient pratiqueent
d'exister ».
En d'autres termes, le pouvoir d'achat des habitants de la côte orientale d'Arabie dépend dans une très large mesure des pêcheries de perles.
Au début du XXe siècle, la nacre, éventuellement
teinte, était essentiellement employée pour la fabrication de boutons. Un atelier de 25 ouvriers qualifiés produisait alors 20 000 boutons par jour.
Tabletterie et incrustations sont toujours à la mode aujourd'hui. De nombreux coffrets sont ainsi fabriqués artisanalement (Espagne, Maroc, Inde, Philippines,...) à
l'intention des touristes. Dans les îles, des coquilles décoratives, notamment les porcelaines, sont montées en colliers.
Les charnières des coquilles desmulettes d'eau
douce possèdent des protubérances nommées dents qui étaient détachées pour leur utilisation enbijouterie, notamment pour l'ornementation des épingles à chapeau. La dent d'unio est la plus
connue. Taillée en boules ou en petits corps géométriques divers (cylindriques, etc..) destinés à être montés encollier, la nacre peut évoquer la perle ou l'ivoire. Taillée en cabochon pour développer l'effet œil de chat, la nacre peut évoquer
des pierres chatoyantes. La dénomination œil chinois ne doit pas cependant lui être alors appliquée, car ce terme désigne l'opercule calcaire polychrome à structure spiralée, sécrétée par le pied
de l'escargot de mer (Turbo petholatus) pour clore sa coquille lorsqu'il est rétracté (cette plaque circulaire de 12 à 25mm de diamètre, légèrement bombée, à un faciès d'agate
nicolo).
Le camée-coquille est sculpté dans la partie externe blanche de la coquille, la partie rose ou rouge formant le fond du sujet représenté. La
gravure est convexe. La partie inférieure lisse concave permet d'observer la texture caractéristique de ces nacres pratiquement sans orient (flamme rose clair sur fond plus foncé).
Le camée-coquille doit être bien différencié des véritables camées, sculptés sur agates à deux ou trois couches.
Les nacres blanches utilisées sont celles des avicules perlières vivant dans le golfe Persique, et surtout sur les côtes nord-est de
l'Australie et en Polynésie, et celles des unios de divers lacs et fleuves comme le Mississippi.
Les nacres destinées à sculpter des camées-coquilles proviennent de gastéropodes marins d'eaux chaudes comme le casque de Madagascar (Cassis rufa) très
utilisé à la Belle Epoque, ou le grand strombe (Strombus gigas)
« Vous pouvez écraser le coquillage avec un camion. L'extérieur de la coquille sera cassé en morceaux mais la nacre, à l'intérieur, sera
intacte. » Pupa Gilbert, professeur de physique à l'université de Wisconsin-Madison, s'émerveille devant l'incroyable solidité de ce matériau, « 3 000 fois plus résistant que l'aragonite, le
minéral qui, pourtant, la constitue » ajoute-t-elle.
Quel est donc le secret de la structure de la nacre ? Il était jusque-là bien gardé par les spécialistes de sa fabrication, les mollusques bivalves (moules, huîtres, etc.) et
gastéropodes (escargots, patelles...).
Pupa Gilbert et ses collègues, américains et suisses, se sont intéressés à l'ormeau, ou oreille de mer, du genre Haliotis, gastéropode marin à coquille plate. La plupart des
scientifiques de l'équipe sont des physiciens et l'article a été publié dans les Physical Review Letters.
Comme les os des vertébrés et les dents, la nacre est un matériau biominéral. A 95 %, elle est constituée d'aragonite, une forme de carbonate de calcium (CaCO3) que l'on trouve aussi dans les
roches métamorphiques. Lors de la fabrication de la coquille, cette fraction minérale s'organise d'elle-même. « % seulement de la nacre est activement formée par l'organisme, explique Pupa Gilbert.
C'est un des mécanismes les plus efficaces que l'on peut imaginer. »
Croissance contrôlée
Pour percer les secrets de la structure de la nacre, les chercheurs l'ont soumise à l'analyse par rayonnement synchrotron. A l'aide d'outils plus classiques, la nacre apparaît
composée à la manière d'un mur de brique, des masses cristallines entièrement minérales étant soudées entre elles par la fraction organique. Mais le rayonnement synchrotron, polarisé, met en
évidence des orientations différentes des cristaux, qui se traduisent par des nuances de gris, du blanc au noir. Une structure de plus grande échelle apparaît alors, formée de colonnes dans
lesquelles les cristaux sont organisés selon des directions préférentielles différentes de leurs voisines. « L'ensemble évoque le dessin des tenues de camouflage » résume Pupa Gilbert.
Les auteurs suggèrent que le secret de la résistance de la nacre réside là, dans ces orientations multiples et croisées. Elles éviteraient l'apparition de plans de clivage, formant
des chemins privilégiés pour la propagation d'une fracture. Les chercheurs se sont ensuite penchés sur la formation de la nacre. Mais ils n'ont pas observé les larves d'ormeau. Ces physiciens ont
établi un modèle théorique qui rend compte de la structure finale. Selon eux, le mollusque commence par créer le réseau organique dans lequel il disperse des petits cristaux appelés à croître,
autrement dit des noyaux de nucléation. Ces germes cristallins poussent ensuite différemment selon l'orientation des cristaux voisins et l'ensemble finit par former des colonnes plus ou moins
larges.