C’est sur un balcon surplombant les flots de la mer que la princesse passait maintenant la plus grande partie de ses journées solitaire et aussi, hélas de ses nuits. Et seule la mer avait pitié de la malheureuse : tantôt ses flots lui murmuraient un chant de tendresse et d?amour ; tantôt au contraire les vagues hurlaient au cours d?une tempête qui semblait devoir tout anéantir et la jeune fille distinguait alors souvent dans leurs effroyables mugissements le chant des souffrances perpétuelles de la vie terrestre et de l?union avec la divinité qui délivre de tous les tourments. Et à force d?écouter ces chants berceurs, la peine de la princesse devint moins lourde. Elle put enfin pleurer, les larmes soulagèrent sa douleur, le morne et perpétuel tourment qui lui emplissait le c?ur à l?éclater devint peu à peu moins atroce. On nomma plus tard son balcon le « berceau de la douleur » et encore le « berceau des larmes ». Elle y pleura jusqu?à s?y user les yeux, et un beau matin, après une nuit de tempête particulièrement violente, on l?y trouva morte, un sourire de bonheur sur sa bouche amoureuse. Et toutes les larmes qu?elle avait versées si abondamment durant sa vie solitaire étaient tombées dans la mer, où le dieu de l?Amour et de la Passion en fit des perles. Depuis ce jour, l?amour, les larmes et les perles sont indéfectiblement associés.


3 mars 2007
Histoire de perles